Patrick Legras, vice-président d’Agriculteurs en colère, alerte sur l’aggravation de la sécheresse qui asphyxie les exploitations françaises

Des leviers financiers et technologiques pour une agriculture résiliente
Face à l’ampleur du défi climatique, les agriculteurs français ne peuvent pas agir seuls. Le soutien des pouvoirs publics, des investisseurs et des consommateurs est crucial. Patrick Legras insiste sur la nécessité de créer un véritable « choc d’investissement » dans la filière. Cela passe par plusieurs axes.
Premièrement, un meilleur accès aux aides à l’investissement pour les systèmes d’irrigation économes. Le Plan de relance et la Politique Agricole Commune (PAC) offrent des subventions, mais les procédures administratives restent lourdes et les fonds parfois insuffisants pour couvrir les besoins. Un guichet unique simplifié et une augmentation de l’enveloppe dédiée à l’adaptation climatique permettraient d’accélérer la modernisation des exploitations.
Deuxièmement, le développement de produits financiers innovants. Au-delà des assurances récolte classiques, des mécanismes de type assurance indicielle (basée sur des données satellitaires de stress hydrique) pourraient offrir une couverture plus rapide et moins coûteuse. Par ailleurs, des prêts à taux bonifié, garantis par l’État, inciteraient les jeunes agriculteurs à investir dans des équipements de stockage d’eau ou des serres semi-fermées. Le secteur bancaire doit accepter de repenser ses critères de risque pour ne pas pénaliser les exploitants qui anticipent les effets du changement climatique.
Troisièmement, l’intégration des technologies de précision. Des start-up françaises proposent des outils d’aide à la décision basés sur l’intelligence artificielle, capables de prédire les besoins en eau d’une parcelle à J+7. L’abonnement à ces services SaaS représente un coût modique au regard des économies d’eau et des gains de productivité. Encore faut-il que les agriculteurs soient formés à leur utilisation et que la couverture internet des zones rurales soit suffisante. L’État et les collectivités territoriales ont un rôle clé à jouer dans le déploiement de la fibre optique et des réseaux LoRaWAN, indispensables à l’agriculture connectée.
Enfin, une réflexion sur l’immobilier agricole et le foncier s’impose. La pression sur les terres irrigables fait grimper les prix, rendant l’accès à ces ressources encore plus sélectif. Une régulation plus fine, favorisant les projets collectifs et les baux environnementaux, pourrait assurer une meilleure répartition de l’eau et préserver les outils de production pour les générations futures.
Agriculture et bien-être animal : l’autre facette de la sécheresse
La sécheresse a aussi des conséquences directes sur le bien-être des animaux d’élevage. Lorsque les températures dépassent les 35°C en journée, les vaches laitières voient leur production chuter de 10 à 20 %, et leur santé peut se dégrader rapidement. Les porcs et les volailles, dépourvus de glandes sudoripares, souffrent tout autant. Les éleveurs doivent alors investir dans des systèmes de ventilation, des brumisateurs ou des bâtiments mieux isolés, ce qui représente un poste de dépenses supplémentaire.
Patrick Legras, bien que moins médiatisé sur ce thème, rappelle que des animaux stressés sont aussi plus sensibles



