Marianne Bachmeier, la mère qui a tué l’assassin présumé de sa fille en plein tribunal

Un deuxième procès : la mère face à la justice
L’affaire se transforme alors en un procès médiatique mondial. D’un côté, une femme qui a tué de sang-froid, en pleine audience, devant juges et journalistes. De l’autre, une mère brisée dont le geste est compris, voire approuvé, par une grande partie de l’opinion publique. En Allemagne, une large majorité de citoyens éprouve de la compassion pour elle, certains allant jusqu’à réclamer sa libération.
Le ministère public retient la préméditation : elle a apporté l’arme, attendu le bon moment, visé l’accusé à bout portant. La défense plaide l’état de détresse profonde et l’absence de dangerosité. Les experts psychiatriques décrivent une femme traumatisée, mais consciente de ses actes. Le 2 novembre 1982, le verdict tombe : Marianne Bachmeier est reconnue coupable d’homicide volontaire, mais pas de meurtre avec préméditation.
La cour retient une responsabilité atténuée par le contexte émotionnel exceptionnel. Elle est condamnée à six ans de prison ferme pour homicide et détention illégale d’arme à feu. Une peine bien inférieure à ce que prévoit le Code pénal allemand pour un meurtre, signe que la justice a tenu compte de la dimension humaine du dossier.
Les réactions du public et l’onde de choc médiatique
La condamnation de Marianne Bachmeier divise l’Allemagne. Pour certains, elle est une héroïne qui a fait ce que la justice n’osait pas faire. Pour d’autres, elle a fragilisé l’État de droit en se faisant justice elle-même. Le débat interroge la place des victimes dans le processus pénal et la réinsertion des criminels sexuels.
Des pétitions circulent pour demander sa libération anticipée. Des lettres de soutien affluent par milliers à la prison où elle est incarcérée. Des artistes, des écrivains et des philosophes prennent position. Le cas devient un symbole, celui d’une mère qui a refusé de subir sans agir. Mais il met aussi en lumière les failles d’un système qui avait laissé un récidiviste en liberté malgré des signaux d’alerte évidents.
Pendant ce temps, Marianne Bachmeier purge sa peine dans le calme. Elle ne demande rien, ne se plaint pas et refuse les interviews. Ses proches racontent qu’elle passe de longues heures à écrire et à dessiner, tentant de donner un sens à ce qu’elle a vécu. Elle ne manifestera jamais de remords pour son geste, tout en reconnaissant la gravité de son acte.
L’après-procès et la mort d’une femme brisée
Après avoir purgé environ la moitié de sa peine, Marianne Bachmeier est libérée en 1985 pour bonne conduite. Elle ne retrouve jamais une vie normale. Son nom est connu dans toute l’Europe, et elle décide de quitter l’Allemagne pour échapper à la pression médiatique. Elle s’installe d’abord en Afrique de l’Ouest, puis en Italie, où elle se remarie et tente de reconstruire une existence discrète.
Mais la maladie la rattrape. Atteinte d’un cancer du pancréas, elle meurt le 17 septembre 1996 à Palerme, en Sicile, à l’âge de 46 ans. Ses cendres sont rapatriées à Lübeck et déposées près de la tombe de sa fille Anna, comme elle l’avait souhaité. La mère rejoint l’enfant qu’elle n’a jamais pu protéger.
La mort de Marianne Bachmeier passe relativement inaperçue dans les médias français, mais en Allemagne, elle ravive le souvenir d’un geste qui reste l’un des plus commentés de l’histoire judiciaire du pays. Aujourd’hui encore, des documentaires et des livres reviennent sur ce dossier, souvent pour interroger la frontière entre justice et vengeance.



