Féminicide à Mérignac : le calvaire de Chahinez Daoud, entre enfermement et menaces, raconté au procès de son ex-mari

Un quotidien rythmé par la peur et l’isolement
Valérie Lavaud, responsable de la maison départementale de la solidarité et de l’insertion de Mérignac, était en charge du suivi de Chahinez Daoud. Elle décrit sans détour la réalité vécue par la jeune femme : « Un quotidien de menaces et d’enfermement. » Des mots qui prennent tout leur sens à la lumière des témoignages recueillis durant l’enquête.
La victime vivait dans une peur permanente, ne sachant jamais quand la violence de son mari allait éclater. Les pressions psychologiques s’intensifient au fil des années. Le harcèlement moral est constant, les menaces de plus en plus précises. Chahinez Daoud se retrouve prisonnière de son propre foyer, coupée de ses repères familiaux et amicaux, sans réelle possibilité de s’échapper de cette relation toxique.
Cette situation d’isolement est malheureusement classique dans les cas de violences conjugales graves. Les victimes sont souvent privées de leurs soutiens, ce qui rend extrêmement difficile toute tentative de sortie de l’emprise. Dans le cas de Chahinez Daoud, son statut d’immigrée récente, loin de sa famille restée en Algérie, a sans doute renforcé sa vulnérabilité face aux agissements de son mari.
Des démarches judiciaires courageuses mais insuffisantes
Malgré la terreur qui régnait dans son couple, Chahinez Daoud n’est pas restée passive. Bien au contraire, elle a tenté par tous les moyens de faire reconnaître sa souffrance et d’obtenir une protection. Le dossier judiciaire montre une femme déterminée à briser le silence.
Entre 2018 et 2020, elle dépose ainsi pas moins de quatre mains courantes pour différends entre époux. Les dates parlent d’elles-mêmes : février 2018, septembre 2018, septembre 2019 et juin 2020. Chaque dépôt représente un acte de courage immense pour une femme vivant sous l’emprise d’un conjoint violent.
Mais Chahinez Daoud ne s’arrête pas là. Elle franchit une étape supplémentaire en portant plainte à trois reprises. En juin 2020, elle dénonce des faits de strangulation accompagnés de menaces avec un couteau. En août de la même année, c’est pour harcèlement téléphonique qu’elle porte plainte. Enfin, en mars 2021, elle dépose une troisième plainte pour violences conjugales sur conjoint.
Ces démarches aboutissent à une condamnation de Mounir Boutaa et à une courte incarcération de quelques semaines. Un signal positif, mais qui ne suffira malheureusement pas à protéger la jeune femme. Une fois sorti de prison, le conjoint violent reprend son emprise et le cauchemar recommence, jusqu’au drame fatal du 4 mai 2021.



