Obama et ses deux grand-mères : les femmes de l’ombre qui ont tout construit, et que la gloire n’a jamais suffi à remplacer

La mort la veille de la victoire : le deuil le plus impossible
Le 3 novembre 2008, à quelques heures du vote, Madelyn Dunham s’est éteinte paisiblement, sa fille Maya à ses côtés. Elle avait 86 ans. Obama a annoncé la nouvelle depuis Charlotte, en Caroline du Nord, devant une foule de partisans qui s’était tue d’un seul coup sous la pluie du soir.
« Elle est partie. Et elle est morte paisiblement dans son sommeil. Il y a donc à la fois de la joie et des larmes. Je ne vais pas en parler longtemps, car c’est difficile pour moi. » Il y avait dans cette phrase la pudeur de quelqu’un qui refuse de s’effondrer en public, mais aussi l’honnêteté de quelqu’un qui ne prétend pas que tout va bien.
Dans le communiqué qu’il a publié avec sa sœur Maya, il a choisi des mots sobres mais définitifs : « Elle était la clé de voûte de notre famille, ainsi qu’une femme d’une force, d’une exemplarité et d’une humilité extraordinaires. » Elle n’a pas vu la victoire. Mais selon ceux qui la connaissaient, elle savait qu’elle était déjà acquise — et c’était suffisant.
Mama Sarah : l’autre grand-mère, au Kenya, qui appelait le président “Barry”
À l’autre bout du monde, dans un village kényan, vivait une autre femme sans laquelle Barack Obama ne serait pas tout à fait lui-même. Sarah Obama, que tout le monde appelait “Mama Sarah”, était la grand-mère paternelle — celle du côté qu’il n’avait pas connu dans son enfance.
C’est en 1987, bien avant la gloire et la politique, qu’Obama avait fait le voyage jusqu’à ce village pour apprendre à connaître sa famille africaine. Il avait découvert là ses frères et sœurs, ses cousins, ses tantes — et surtout le visage de “Granny”, qu’il avait écouté avec une attention presque religieuse. Elle ne parlait que le luo. Il avait eu besoin d’un traducteur. Mais le lien, lui, n’avait eu besoin d’aucune traduction.
Même pendant les huit années à la Maison-Blanche, Mama Sarah continuait de vivre modestement dans son village. Elle appelait le président des États-Unis “Barry” — son petit nom d’enfance. Une façon à elle de lui rappeler, peut-être, que la grandeur ne change pas ce que l’on est vraiment.
Elle est décédée le 29 mars 2021, à l’âge de 99 ans. Obama lui a rendu hommage sur les réseaux sociaux avec des mots d’une tendresse simple : « Elle nous manquera profondément, mais nous célébrerons avec gratitude sa longue et remarquable vie. »



