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Line Renaud et sa maison de Rueil-Malmaison : du gouffre financier à l’héritage solidaire

Derrière le nom poétique de La Jonchère se cache une histoire hors du commun. Celle d’une artiste qui, à 26 ans, a fait le pari risqué d’acheter un terrain isolé sans eau, ni électricité, ni route d’accès. Celle d’une femme qui, pendant des décennies, a transformé ce défi quotidien en un lieu de vie chargé de souvenirs, avant de lui donner une portée solidaire qui dépasse largement sa propre existence.

Line Renaud, aujourd’hui âgée de 96 ans, a passé près de trois quarts de siècle à façonner cette propriété de Rueil-Malmaison. Avec son mari, le compositeur Loulou Gasté, puis seule après sa disparition, elle a multiplié les travaux, les rénovations et les sacrifices financiers. Ce qui aurait pu rester un gouffre est devenu un refuge, puis un héritage.

Car aujourd’hui, La Jonchère a trouvé sa véritable raison d’être. La maison, que Line Renaud a décidé de vendre après sa disparition, servira à financer la recherche médicale. Un choix qui confère une dimension nouvelle à ce lieu chargé d’histoire et d’émotions.

1948 : un pari risqué à 26 ans

Un terrain isolé sans aucun confort

Tout commence en 1948. Line Renaud a 26 ans. Elle est déjà une artiste reconnue, mais elle n’a pas encore la notoriété immense qui sera la sienne. Avec son mari Loulou Gasté, compositeur de talent, elle décide d’acheter un terrain à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine.

Le nom est joli : La Jonchère. Mais le terrain, lui, n’a rien de poétique. Il est isolé, difficile d’accès. Il n’y a ni eau, ni électricité. Aucune route ne permet de s’y rendre facilement. C’est un défi, presque une folie.

Mais le couple a de l’audace. Il voit au-delà des contraintes. Il imagine une maison, un jardin, un lieu de vie. Et il se lance.

Des travaux titanesques

Pendant des années, Line Renaud et Loulou Gasté vont tout construire. Ils doivent apporter l’eau et l’électricité, et créer les accès. Les travaux sont lourds, épuisants et coûteux.

Pour modeler le terrain, ils utilisent même des explosifs. Une image étonnante quand on pense à la maison paisible et raffinée qu’est devenue La Jonchère. Mais c’est la réalité des débuts : un chantier permanent, des sacrifices constants.

Des choix dictés par les finances : Le couple opte pour la meulière, une pierre moins noble que la pierre de taille, mais plus abordable. Ce compromis en dit long sur leurs difficultés financières. Chaque décision engage du temps, de l’énergie, et des ressources qui manquent parfois cruellement.

Un gouffre financier qui n’en finit pas

Les années de sacrifices

Ce qui devait être une maison devient rapidement un gouffre. Les travaux s’enchaînent, les dépenses aussi. Line Renaud et son mari doivent sans cesse arbitrer, choisir et renoncer à certains conforts pour en obtenir d’autres.

Le salon est transformé, le jardin prend forme, et des verrières sont installées pour laisser entrer la lumière. Chaque amélioration coûte cher. Chaque détail demande des efforts.

Pendant des décennies, La Jonchère reste un chantier permanent. Le couple n’a jamais vraiment pris fin. Il y a toujours quelque chose à rénover, à améliorer, à repenser.

L’après Loulou Gasté

Loulou Gasté disparaît en 1995. Line Renaud aurait pu vendre, alléger son fardeau et se libérer de ce lieu qui lui a coûté tant d’énergie et d’argent. Mais elle ne le fait pas.

Elle continue. Seule, elle poursuit les rénovations, les agrandissements et l’entretien. Elle refuse d’abandonner ce lieu chargé de souvenirs. La Jonchère est l’histoire de sa vie avec l’homme qu’elle aimait. Elle ne peut pas s’en séparer.

Les travaux continuent donc. Line Renaud rénove, entretient, modernise. Elle y consacre une part importante de ses revenus. La maison reste une charge, mais elle est devenue une charge aimée.

La transformation : du fardeau au refuge

Un jardin mémoire

Avec le temps, La Jonchère change de visage. Les contraintes s’effacent, laissant place à l’intimité et à la poésie. Le jardin devient un écrin de verdure où chaque arbre raconte une histoire.

Un cerisier offert par Michel Audiard : Le célèbre dialoguiste, ami du couple, a offert un cerisier qui orne toujours le jardin. Un souvenir précieux d’une amitié qui a traversé les décennies.

Un séquoia venu du Yellowstone : Lors d’un voyage aux États-Unis, Line Renaud a rapporté un séquoia, qu’elle a planté à La Jonchère. Aujourd’hui, cet arbre majestueux témoigne de ses voyages et de sa passion pour la nature.

Chaque plante, chaque arbre, chaque recoin du jardin porte une mémoire. C’est un lieu vivant, habité par les souvenirs.

Un lieu de rencontres

La Jonchère est également devenue un lieu de rendez-vous pour les amis de Line Renaud. Des figures emblématiques du show-business y ont séjourné :

  • Liza Minnelli : venue se reposer dans l’intimité de la propriété

  • Brigitte Bardot : amie de longue date de l’artiste

  • Jerry Lewis : avec qui Line Renaud a partagé des moments de complicité

Ces présences illustrent la double nature de La Jonchère : à la fois refuge discret et lieu de vie mondain, loin des projecteurs mais au cœur des amitiés sincères.

Un cocon pour l’artiste

Avec les années, la perception de Line Renaud évolue. Ce qui était une charge devient une source d’apaisement. La Jonchère, qu’elle aurait pu vendre à plusieurs reprises pour retrouver une liberté financière, est devenue un cocon.

Elle y retrouve la stabilité rare dans une carrière intense, marquée par les tournées, les plateaux de cinéma et les enregistrements. Elle y puise la force de continuer, d’avancer et de se renouveler.

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