Karine Viseur, attachée de presse, raconte sa plainte contre Patrick Bruel pour agression sexuelle présumée

Une journée de promotion marquée par la pression
Dans son récit, Karine Viseur rembobine le fil d’une journée qu’elle n’a jamais oubliée. Nous sommes en 1991. Elle accueille l’équipe du film à Bruxelles. Dès les premiers instants, Patrick Bruel se montre satisfait d’avoir affaire à une attachée de presse féminine « à son goût ». Dans le véhicule qui conduit l’équipe, les taquineries commencent de façon presque anodine. Mais très vite, l’ambiance change. Les propos deviennent insistants et le contact physique s’impose. Elle décrit un homme qui ne demande jamais.
Elle sent ses lèvres dans son cou, doit esquiver sans cesse. Autour d’eux, personne ne réagit. Les acteurs laissent faire et respectent la place centrale du chanteur dans le projet. Cette atmosphère, explique-t-elle, crée un sentiment d’impunité. Patrick Bruel est alors au sommet de sa gloire, et tout semble lui être permis.
Ce passage du témoignage est important : il montre que l’agression présumée ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une suite de gestes et de remarques qui ont progressivement installé un rapport de force déséquilibré.
L’agression présumée dans la loge puis dans les toilettes
Karine Viseur situe un premier épisode dans la loge du chanteur, avant un passage au journal télévisé de la RTBF. Alors qu’elle se retourne, elle le trouve collé contre elle. Il plaque son corps dans son dos, ses mains l’enserrent, son souffle est dans sa nuque. Elle aperçoit son visage : il semble heureux, excité, habité par un besoin physique qu’elle ne partage pas. Pour se dégager, elle prétexte un maquillage à faire. Elle pense souffler, mais il revient quelques instants plus tard et lui demande de lui montrer le chemin des toilettes.
Elle l’accompagne. C’est là que la scène qu’elle qualifie d’agression sexuelle se produit. En une fraction de seconde, il l’attrape par le poignet et l’attire dans les toilettes. Il ferme la porte à clé. Adossée contre la porte, elle ne peut pas l’ouvrir. Il essaie de l’embrasser, pose ses mains sur ses jambes, sous sa robe, sous ses collants. Elle répète « non » plusieurs fois. Lui répond que « si », qu’elle va aimer, qu’elle attend ça depuis le matin. Il ajoute, d’après son récit, que « toutes » apprécient.
Elle parvient finalement à se libérer. Ce qui la frappe encore aujourd’hui, c’est l’attitude de Patrick Bruel juste après. Son visage redevient neutre, comme si rien ne s’était passé. Il entre ensuite sur le plateau du journal télévisé avec le calme d’un artiste ordinaire. Cette froideur, dit-elle, ressemble à un visage de joueur de poker.



