« Depuis l’ablation, je revis » : Lorie Pester se confie sur son hystérectomie après la naissance de Nina

La décision la plus difficile : se faire retirer l’utérus
Se faire retirer l’utérus à 40 ans, après avoir eu un enfant. Sur le papier, la décision semble logique. Dans la réalité émotionnelle d’une femme, elle est terriblement complexe.
“Pourquoi le mot « utérus » me fait-il peur à ce point ? Se demande-t-elle dans son ouvrage. Pourquoi ne plus avoir d’utérus me terrifie autant ?” Ces questions sur la féminité, sur l’identité corporelle, sur ce que signifie perdre cet organe — Lorie les a traversées une par une, avec l’aide de sa psychologue, de son compagnon Yann Dernaucourt, de ses parents et de ses amis.
“Elle m’a dit qu’on sacralisait trop cet organe qui ne sert qu’à une chose : avoir des enfants. Et de toute façon, je n’avais pas le choix, j’avais trop mal.”Une formule tranchée, peut-être provocante pour certaines, mais qui dit quelque chose d’essentiel sur la réalité vécue par les femmes souffrant d’endométriose sévère.
“Si je n’avais pas eu ma fille, il est évident que je n’aurais pas eu recours à l’hystérectomie, je serais restée avec ma douleur. Prendre cette décision a été difficile, j’étais pleine de doutes, je faisais un pas en avant puis deux pas en arrière.”
L’opération et la renaissance : « Avant je survivais »
L’hystérectomie a eu lieu à Bordeaux. Pour gérer au mieux l’opération, Lorie a décidé de louer une maison afin que ses parents, sa fille Nina et elle soient réunis tout au long du séjour — son compagnon Yann les rejoignant le week-end. Un soin logistique qui dit tout sur la manière dont elle a abordé cette épreuve : entourée, préparée, lucide.
Et après ? Le soulagement a été immédiat, total, presque incrédule. “Avant, je survivais, j’avais tellement mal que j’étais là, mais je n’étais pas là. Je révise à 1 000 %. Je rattrape le temps perdu.”
Pour illustrer à quel point ses douleurs passées étaient hors norme, Lorie raconte une anecdote saisissante survenue lors de son accouchement. Quand les sages-femmes regardaient le monitoring et lui disaient qu’elle avait de bonnes contractions, elle leur répondait : “Ah ! Ce n’est que ça ? Ça va, alors !” Une femme habituée à des douleurs plus intenses que celles de l’accouchement : voilà ce qu’est l’endométriose dans ses formes les plus sévères.
Un livre, un combat, un message aux femmes
Pour aller encore plus loin dans sa démarche de témoignage, Lorie Pester a publié en mars 2024 un livre intitulé Revivre aux éditions Robert Laffont, qui retrace son cheminement complet : la PMA, la grossesse, la maternité et l’hystérectomie, ainsi que les questionnements sur sa féminité.
“J’ai voulu raconter mon parcours dans l’espoir qu’il puisse aider les femmes qui souffrent d’endométriose. En me lisant, elles pourraient peut-être trouver des réponses aux questions qu’elles se posent, aux doutes auxquels elles sont confrontées avant le diagnostic, ainsi qu’aux peurs liées à leur désir de maternité.”
Son message aux femmes qui traversent la même épreuve est clair et sans détour : “Si vous sentez qu’il y a quelque chose de ‘chelou’ dans votre corps, que votre inconscient vous le dit : écoutez-vous ! Allez voir des professionnels de santé, et si certains ne vous prennent pas au sérieux, consultez-en un autre, jusqu’à trouver le médecin qui va déceler le problème.”
Conclusion : briser le tabou, une femme à la fois
Le témoignage de Lorie Pester dépasse largement le cadre du fait divers people. Il s’inscrit dans une prise de parole collective nécessaire sur l’endométriose — une maladie encore trop souvent minimisée, diagnostiquée trop tard, et dont les femmes portent seules le poids pendant des années.
En osant parler d’hystérectomie, d’utérus, de PMA, de douleurs qui paralysent et de décisions qui libèrent, Lorie Pester offre à des millions de femmes quelque chose d’inestimable : la certitude de ne pas être seules, et l’espoir qu’il existe une vie sans douleur de l’autre côté.



