Chevaux abandonnés à Bourg-Saint-Maurice : une propriétaire devant la justice pour un drame qui scandalise la Savoie

Il y a des images qui restent. Celle de deux chevaux décharnés, seuls dans un pré d’altitude de Savoie, sans eau ni nourriture, les flancs creusés, les membres tremblants. L’un d’eux s’est précipité sur son premier repas en buvant plus de soixante-dix litres d’eau d’un coup. L’autre n’a pas survécu. Ce drame survenu dans les hauteurs de Bourg-Saint-Maurice illustre, avec une brutalité rare, ce que la négligence animale peut produire quand personne ne voit, personne ne signale, et personne n’agit à temps.
Aujourd’hui, la propriétaire de ces animaux, identifiée sous le prénom de Catherine, répond de ses actes devant le tribunal correctionnel d’Albertville. Une affaire qui dépasse le simple fait divers et soulève des questions profondes sur la protection animale en milieu rural, les responsabilités des propriétaires et les limites des dispositifs de contrôle existants.
Un promeneur donne l’alerte, les autorités découvrent l’insupportable
C’est un hasard heureux — si tant est que ce mot convienne ici — qui a permis d’éviter le pire pour l’un des deux chevaux. Un promeneur, alerté par l’état visible des animaux dans leur pré d’altitude, a contacté la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP) pour signaler la situation.
À leur arrivée sur les lieux, les agents ont découvert un spectacle désolant. Deux chevaux amaigris, dont l’un était incapable de se déplacer. Les arbres environnants avaient été rongés jusqu’à l’écorce, témoignage silencieux et poignant d’une faim désespérée. Aucun abri n’était disponible. Et l’accès difficile au pré compliquait encore davantage toute possibilité d’intervention ou de soins réguliers. À plus de mille mètres d’altitude, sans eau, sans fourrage, sans aucun aménagement de base, ces animaux avaient été laissés à eux-mêmes depuis plusieurs semaines.
La mise en demeure ignorée : le signal d’une négligence délibérée
Face à cette situation d’urgence, la DDETSPP a mis en demeure la propriétaire de s’acquitter des besoins essentiels des animaux dans un délai de quarante-huit heures. Une procédure standard, conçue pour permettre une régularisation rapide avant toute saisie.
La réponse n’a pas été attendue. Quelques jours après la notification, un courrier d’opposition à la mise en demeure est arrivé. Et lors d’une seconde visite de contrôle, aucune amélioration n’avait été constatée sur le terrain. Pas de fourrage supplémentaire, pas d’eau, pas d’abri. Rien.
Cette inaction face à une injonction officielle a scellé le sort judiciaire de l’affaire. Les autorités ont décidé de confier les deux chevaux à l’association Cheval Espoir 38, spécialisée dans le recueil et la réhabilitation des équidés en détresse. Mais pour l’un d’eux, la décision était déjà trop tardive.
L’un des chevaux meurt, l’autre se bat pour survivre
La présidente de l’association Cheval Espoir 38 a témoigné devant le tribunal avec une émotion visible. À l’arrivée des deux animaux, l’état du premier cheval était critique mais stabilisable. Celui du second ne laissait guère d’espoir. Trop affaibli par des semaines de privation, trop amaigri pour se rétablir, il n’a pas survécu à ses blessures et à la dénutrition sévère dont il souffrait.
Pour le premier, le sauvetage a tenu à peu près. Sa réaction au premier repas en dit long sur l’état dans lequel il se trouvait : il s’est rué sur la nourriture et l’eau, ingurgitant plus de soixante-dix litres en une seule prise. La présidente de l’association a exprimé son incompréhension quant au niveau de négligence constaté, soulignant les multiples pathologies des deux animaux et les difficultés logistiques considérables pour leur apporter des soins adaptés en urgence.
Au tribunal : déni total et antécédents accablants
À l’audience du tribunal correctionnel d’Albertville, Catherine a adopté une posture de déni. Elle a refusé de s’exprimer et a nié être la propriétaire des chevaux. Une stratégie qui n’a pas convaincu les juges, d’autant que les éléments à charge étaient solides et documentés par les agents de la DDETSPP et les membres de l’association.
L’agent de la DDETSPP a rappelé lors de l’audience les obligations élémentaires qui incombent à tout propriétaire d’équidés : un accès constant à de la nourriture et de l’eau, des abris suffisants, et une vigilance renforcée dans les zones d’altitude où les conditions climatiques peuvent se dégrader rapidement. Des obligations basiques, systématiquement ignorées dans ce cas.
Mais ce qui a sans doute pesé le plus lourd dans l’équilibre, c’est la révélation des antécédents de la prévenue. Le tribunal a été informé de plusieurs procédures similaires à son encontre au cours des quinze dernières années. Quinze ans de récidive, de signalements, de procédures — et d’animaux qui ont souffert. Cette accumulation a conduit le parquet à durcir ses réquisitions et à demander une interdiction ferme.



