Affaire Nahel : Le Procès du Policier Florian M. Menacé par l’Absence de Son Avocat

Plus de trois ans après les faits, la blessure reste ouverte. Le 27 juin 2023, Nahel, 17 ans, tombait sous les balles d’un policier à Nanterre, lors d’un contrôle routier qui a viré au drame. Son visage est devenu le symbole des violences policières présumées et des défaillances de l’institution. Après une instruction longue et complexe, le policier Florian M. devait enfin comparaître devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine ce jeudi 2 octobre 2026 pour y répondre du chef de meurtre. Mais à quelques heures de l’audience, un nouveau coup de théâtre judiciaire vient fragiliser un procès déjà historique. Me Laurent-Franck Liénard, avocat historique du policier mis en cause, annonce son indisponibilité et dénonce une justice partiale. L’audience pourrait se tenir sans lui. Du côté des parties civiles, on observe un silence pesant. Retour sur une affaire qui n’en finit pas de diviser et dont le procès, tant attendu, vacille une nouvelle fois.
27 Juin 2023 : Le Drame Qui a Embrasé la France
Ce jour-là, à Nanterre, deux motards de la police nationale procèdent à un contrôle routier. Au volant d’une Mercedes, Nahel, 17 ans, ne s’arrête pas. Les policiers le prennent en chasse. À un feu rouge, ils le rattrapent. Ce qui se passe ensuite est figé par une vidéo amateur devenue virale.
Contrairement aux premières déclarations de sources policières évoquant un véhicule ayant foncé sur les agents, la vidéo montre un policier tenant l’adolescent en joue à travers la vitre, puis tirant à bout portant alors que la voiture redémarre faiblement. Nahel succombe quelques minutes plus tard.
Les conséquences sont immédiates et explosives :
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Des nuits d’émeutes secouent toute la France, avec des centaines de véhicules incendiés, des bâtiments publics dégradés et plus de 3 000 interpellations.
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La figure de Nahel devient, malgré lui, l’incarnation des bavures policières et du malaise des banlieues.
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Le policier auteur du tir, Florian M., est placé en garde à vue puis mis en examen pour homicide volontaire par la personne dépositaire de l’autorité publique.
L’enquête est confiée à l’IGPN, la police des polices.
Une Instruction Contradictoire et un Renvoi aux Assises
Pendant près de deux ans, l’instruction judiciaire avance dans un climat de tension extrême. Le parquet de Nanterre mène les investigations, confrontant les versions :
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La défense plaide la légitime défense et le refus d’obtempérer. Florian M. affirme avoir cru que sa vie était en danger.
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L’accusation s’appuie sur la vidéo, l’absence de collision violente et le tir à hauteur d’homme.
En mars 2025, le parquet requiert le renvoi de Florian M. devant la cour d’assises. Le 3 juin 2025, les juges d’instruction suivent ces réquisitions et ordonnent son procès pour meurtre.
“Rien ne démontre que Florian M. était autorisé dans la circonstance à faire usage de son arme, en méconnaissance des principes de proportionnalité et d’absolue nécessité”, peut-on lire dans l’ordonnance de renvoi, consultée par l’AFP.
Une décision historique. Pour la première fois depuis longtemps, un policier en service est renvoyé devant une cour criminelle pour un tir mortel lors d’un contrôle.
La Défense Contre-Attaque et Fait Appel
Dès l’annonce du renvoi, Me Laurent-Franck Liénard, avocat de Florian M., monte au créneau.
“Ce tir était légitime et conforme au cadre légal. Mon client a agi dans un contexte de refus d’obtempérer caractérisé. Il n’avait pas l’intention de tuer.”
La défense forme immédiatement appel de l’ordonnance de mise en accusation. Une procédure qui retarde le procès de plusieurs mois.
Pendant ce temps, le second policier impliqué dans le contrôle bénéficie d’un non-lieu. Ses avocates, dont Me Pauline Ragot, ne sont pas directement concernées par la procédure visant Florian M.



