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Proportionnelle aux législatives : Le Pen et Macron en rêvent, mais chacun voit midi à sa porte

Proportionnelle aux législatives : Le Pen et Macron en rêvent, mais chacun voit midi à sa porte

À quelques semaines d’un scrutin législatif qui s’annonce décisif, un mot revient sans cesse dans la bouche des deux principaux candidats à la présidentielle : proportionnelle. Marine Le Pen et Emmanuel Macron en font tous deux un cheval de bataille institutionnel. Pourtant, derrière ce terme partagé se cachent deux visions radicalement différentes de la démocratie française. L’un veut une proportionnelle intégrale, l’autre une proportionnelle partielle avec une prime au vainqueur. Deux chemins pour un même objectif affiché : redonner de la voix aux électeurs et sortir du face-à-face stérile entre blocs.

Mais comment ces deux projets s’articulent-ils ? Quels sont leurs avantages réels et leurs risques cachés ? Et surtout, que changeraient-ils concrètement pour le citoyen lambda ? Plongeons dans les coulisses de cette réforme qui pourrait redessiner en profondeur le visage de notre Assemblée nationale.

Le retour du septennat et la proportionnelle : un duo qui divise

Sur le papier, Marine Le Pen et Emmanuel Macron semblent d’accord sur plusieurs points. Tous deux veulent un recours plus fréquent au référendum, une idée que la candidate du RN qualifie même de « révolution référendaire ». Tous deux souhaitent également revenir au septennat, abandonné en 2000 au profit du quinquennat. Mais c’est sur la question du mode de scrutin des législatives que les divergences se creusent.

Emmanuel Macron, qui avait promis en 2017 une dose de proportionnelle sans jamais la mettre en œuvre, s’est déclaré ouvert le 13 avril dernier à une proportionnelle intégrale. Selon lui, cette mesure permettrait de « recréer de la concorde dans la vie du pays » et de « permettre plus d’adhésion démocratique ». Un virage à 180 degrés pour un président qui avait jusqu’ici privilégié le scrutin majoritaire, pourtant favorable à son camp.

De son côté, Marine Le Pen a longtemps défendu la proportionnelle intégrale, avant de se raviser récemment. Aujourd’hui, elle propose un système hybride : deux tiers des sièges attribués à la proportionnelle, un tiers réservé au vainqueur via une prime majoritaire. Une position pragmatique, qui vise à garantir la gouvernabilité tout en brisant le plafond de verre qui a longtemps pénalisé son parti.

Proportionnelle intégrale : le rêve d’une Assemblée miroir

Imaginons un instant une France où chaque vote pèse exactement le même poids. C’est la promesse de la proportionnelle intégrale. Dans ce système, le nombre de sièges obtenus par chaque parti est strictement proportionnel à son score aux législatives. Fini les circonscriptions taillées sur mesure, fini les seconds tours où l’on vote contre plutôt que pour. L’Assemblée deviendrait un reflet quasi parfait de l’opinion publique.

Mais ce miroir a un défaut majeur : il fragilise la majorité. Pour gouverner, un parti doit obtenir 289 sièges sur 577. Dans une proportionnelle intégrale, décrocher une telle majorité relève de l’exploit. En 2017, par exemple, La République en marche et le Modem, avec un peu plus de 30 % des voix au premier tour, n’auraient obtenu que 249 sièges, loin des 350 finalement conquis grâce au scrutin majoritaire.

Ce risque d’instabilité politique n’est pas à prendre à la légère. Il obligerait les partis à nouer des coalitions parfois baroques, comme on le voit en Italie ou en Israël. Et dans un pays où la culture du compromis n’est pas toujours la norme, le pari est risqué.

La proportionnelle partielle de Marine Le Pen : un compromis taillé sur mesure

Marine Le Pen a bien compris les écueils de la proportionnelle intégrale. C’est pourquoi elle propose un système plus nuancé : les deux tiers des sièges (385 députés) seraient attribués à la proportionnelle, tandis que le tiers restant (192 sièges) serait réservé au vainqueur des législatives via une prime majoritaire.

Concrètement, le parti arrivé en tête obtiendrait d’office 192 sièges, soit les deux tiers de la majorité absolue. Pour atteindre les 289 sièges nécessaires, il lui faudrait ensuite décrocher un peu plus de 25 % des suffrages exprimés sur les 385 sièges restants. Un seuil élevé, mais pas inaccessible, surtout si le système intègre un seuil d’admission de 5 %, comme au Parlement européen.

Ce modèle a plusieurs avantages. Il garantit une certaine stabilité, puisque le vainqueur dispose d’une base solide pour gouverner. Il permet aussi aux petits partis d’être représentés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais il comporte aussi un risque : celui de verrouiller le système au profit du parti dominant, en lui offrant une prime qui pourrait fausser la représentation.

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