Proportionnelle aux législatives : Le Pen et Macron en rêvent, mais chacun voit midi à sa porte

Proportionnelle intégrale : le rêve d’une Assemblée miroir
Imaginons un instant une France où chaque vote pèse exactement le même poids. C’est la promesse de la proportionnelle intégrale. Dans ce système, le nombre de sièges obtenus par chaque parti est strictement proportionnel à son score aux législatives. Fini les circonscriptions taillées sur mesure, fini les seconds tours où l’on vote contre plutôt que pour. L’Assemblée deviendrait un reflet quasi parfait de l’opinion publique.
Mais ce miroir a un défaut majeur : il fragilise la majorité. Pour gouverner, un parti doit obtenir 289 sièges sur 577. Dans une proportionnelle intégrale, décrocher une telle majorité relève de l’exploit. En 2017, par exemple, La République en marche et le Modem, avec un peu plus de 30 % des voix au premier tour, n’auraient obtenu que 249 sièges, loin des 350 finalement conquis grâce au scrutin majoritaire.
Ce risque d’instabilité politique n’est pas à prendre à la légère. Il obligerait les partis à nouer des coalitions parfois baroques, comme on le voit en Italie ou en Israël. Et dans un pays où la culture du compromis n’est pas toujours la norme, le pari est risqué.
La proportionnelle partielle de Marine Le Pen : un compromis taillé sur mesure
Marine Le Pen a bien compris les écueils de la proportionnelle intégrale. C’est pourquoi elle propose un système plus nuancé : les deux tiers des sièges (385 députés) seraient attribués à la proportionnelle, tandis que le tiers restant (192 sièges) serait réservé au vainqueur des législatives via une prime majoritaire.
Concrètement, le parti arrivé en tête obtiendrait d’office 192 sièges, soit les deux tiers de la majorité absolue. Pour atteindre les 289 sièges nécessaires, il lui faudrait ensuite décrocher un peu plus de 25 % des suffrages exprimés sur les 385 sièges restants. Un seuil élevé, mais pas inaccessible, surtout si le système intègre un seuil d’admission de 5 %, comme au Parlement européen.
Ce modèle a plusieurs avantages. Il garantit une certaine stabilité, puisque le vainqueur dispose d’une base solide pour gouverner. Il permet aussi aux petits partis d’être représentés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Mais il comporte aussi un risque : celui de verrouiller le système au profit du parti dominant, en lui offrant une prime qui pourrait fausser la représentation.



