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RSA pendant 30 ans, puis retraite à 980 euros : “L’Aspa est un filet de sécurité, pas un luxe”

Vivre avec le RSA pendant des décennies soulève une question simple, mais fondamentale : combien reste-t-il pour vivre à la retraite ? Beaucoup pensent qu’une vie sans emploi stable ou sans cotisations suffisantes ferme définitivement toutes les portes à une pension décente. C’est une idée reçue, largement partagée, mais ce n’est pas totalement vrai. Mon parcours personnel le prouve, et c’est pourquoi j’ai choisi de témoigner.

Pendant plus de 30 ans, j’ai survécu grâce au Revenu de Solidarité Active. Entre petits boulots non déclarés, longues périodes de chômage qui s’étiraient sur des mois, parfois des années, et moments de précarité extrême où je ne savais pas comment j’allais boucler la fin du mois, je n’ai jamais réussi à intégrer durablement le marché du travail. Aujourd’hui, à 62 ans, je perçois pourtant une pension de retraite. Elle ne fait pas rêver, mais elle existe.

L’Aspa : le filet de sécurité pour les retraités sans ressources

Même sans carrière complète, sans années de cotisations pleines et entières, l’État propose des aides. Dans mon cas, je touche l’Aspa, l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Ce qu’on appelle encore parfois le « minimum vieillesse » s’adresse aux retraités disposant de peu ou pas de ressources. Sans cette aide, je n’aurais presque rien. Mes droits à la retraite de base, calculés sur des années de petits boulots et de périodes de chômage non indemnisées, se comptent en dizaines d’euros. L’Aspa fait le reste.

Actuellement, je perçois environ 980 euros par mois. Je vis seul. Si j’étais en couple, le montant serait légèrement inférieur. Cette somme ne fait pas rêver ; je suis le premier à le reconnaître. Mais elle dépasse ce que je gagnais certains mois avec le RSA, quand je n’avais que ce ressource. Elle me permet de payer un petit loyer dans un logement modeste, les courses alimentaires du mois et quelques frais médicaux. Rien de plus. Pas de cinéma, pas de restaurant, pas de vacances.

Une vie sans marge et sous surveillance

Certains jugeront cela injuste. D’autres, qui ont travaillé toute leur vie sans interruption, touchent des retraites à peine plus élevées que ce que je perçois aujourd’hui. Je ne cherche pas à comparer ; ce n’est pas le sens de mon témoignage. Je n’ai pas de leçon à donner à ceux qui ont trimé pendant 40 ans. Je veux simplement raconter un parcours fragile, comme celui de milliers d’autres retraités qui, pour des raisons diverses, n’ont jamais eu de carrière linéaire. L’Aspa n’est pas une récompense, ce n’est pas un privilège. C’est un filet de sécurité. Il attrape ceux qui tombent. Sans lui, beaucoup de gens comme moi seraient à la rue.

Recevoir cette aide implique aussi de nombreuses contraintes. L’État surveille le patrimoine de près. Si je reçois un héritage, même modeste, ou une grosse somme d’argent, il pourra récupérer une partie de ce qu’il m’a versé. Mon patrimoine doit rester sous un certain seuil, et je dois déclarer chaque changement de situation : déménagement, nouvelle relation, aide familiale régulière ; tout doit être signalé.

Je n’ai ni voiture ni épargne ni maison. Je vis au jour le jour, sans jamais pouvoir anticiper l’imprévu. Certains mois, le budget devient très serré, limite de survie. Une facture imprévue, une chaudière qui tombe en panne, une visite chez le dentiste non prise en charge à 100 %, et tout le fragile équilibre s’effondre. Les loisirs sont rares, les vacances inexistantes. Ma vie se résume à un strict nécessaire.

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