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Accord avec le Mexique : les démocrates étrillent la méthode Trump et dénoncent une “confrontation permanente”

Menacer. Négocier. Annoncer un accord. Et recommencer. La méthode Trump en matière de politique étrangère a encore frappé. Cette fois, c’est le Mexique qui était dans le viseur, sommé de durcir sa politique migratoire sous peine de se voir infliger des droits de douane punitifs sur l’ensemble de ses exportations vers les États-Unis.

Résultat : un accord arraché in extremis vendredi soir, juste avant l’expiration de l’ultimatum. Le Mexique a promis de déployer sa garde nationale et de renforcer ses contrôles. Donald Trump a suspendu ses menaces de taxes. Ses partisans crient au succès.

Mais du côté des démocrates, le ton est tout autre. Dimanche, les candidats à l’investiture pour 2020, Bernie Sanders et Beto O’Rourke, ont étrillé cette méthode. La cheffe du parti à la Chambre, Nancy Pelosi, avait déjà dénoncé la veille les “menaces” et les “accès de colère” qui ne sont “pas un moyen de négocier une politique étrangère”.

Au cœur de la critique : l’utilisation des droits de douane comme arme de pression permanente, y compris contre des alliés ; le caractère supposément vide de l’accord ; et la déstabilisation des relations commerciales avec le Mexique, premier partenaire des États-Unis.

Dans cet article, nous revenons sur cet accord, sur la méthode Trump et sur les critiques acerbes qu’elle suscite au sein du camp démocrate.

L’accord Trump-Mexique : ce qu’il contient

Le contexte : un ultimatum douanier

Depuis des mois, l’administration Trump s’inquiète de l’augmentation du nombre de migrants traversant le Mexique pour entrer clandestinement aux États-Unis. Des dizaines de milliers de personnes, principalement originaires d’Amérique centrale, arrivent chaque mois à la frontière sud.

La méthode Trump pour contraindre le Mexique à agir ? La menace favorite du président : des droits de douane. Il avait fixé un ultimatum : si Mexico ne prenait pas de mesures drastiques, des taxes de 5% seraient imposées sur tous les produits mexicains à partir du 10 juin, avec une augmentation progressive jusqu’à 25% en octobre.

Les engagements mexicains

Après plusieurs jours de négociations tendues, Washington et Mexico sont parvenus à un accord vendredi soir. Le Mexique s’est engagé à :

  • Déployer sa garde nationale sur l’ensemble de son territoire, avec un renforcement particulier à sa frontière sud (avec le Guatemala)

  • Accepter l’extension du programme “Remain in Mexico” , qui oblige les demandeurs d’asile à attendre l’examen de leur dossier côté mexicain

  • Lutter plus fermement contre les réseaux de passeurs

  • Permettre aux États-Unis d’expulser directement vers le Mexique certains migrants non mexicains

En contrepartie, Donald Trump a suspendu ses menaces de taxes. Pour l’instant.

La satisfaction trumpiste

Dans le camp républicain, on salue une nouvelle victoire de la méthode Trump. “Il utilise les tarifs douaniers comme moyen de pression dans les négociations commerciales, et je pense qu’il les a utilisés comme moyen de pression dans cette situation de manière brillante”, s’est félicité le sénateur Ron Johnson sur Fox News.

L’idée est simple : la menace des droits de douane, arme économique massive, est détournée pour obtenir des concessions politiques. Et ça marche, disent les partisans de Trump.

La charge démocrate : “Le monde n’en peut plus”

Bernie Sanders : “Nous ne devrions pas être dans une confrontation permanente”

Invité de CNN dimanche, Bernie Sanders, candidat aux primaires démocrates, a attaqué frontalement la méthode de Trump.

“Le monde n’en peut plus, et je n’en peux plus de ce président qui ne cesse de déclarer des guerres, des guerres verbales à nos voisins, qu’il s’agisse du Mexique ou du Canada”, a-t-il déclaré.

Pour le sénateur du Vermont, cette stratégie de confrontation permanente est contre-productive :

“Nous avons besoin d’une bonne relation avec le Mexique. Ce sont nos alliés, comme le Canada. Nous ne devrions pas être en confrontation permanente avec eux.”

Beto O’Rourke : “Le président n’a rien obtenu”

Autre candidat démocrate, Beto O’Rourke, ancien élu du Texas, a renchéri sur ABC. Son argument est économique : “Il y a six millions d’emplois dans ce pays qui dépendent des échanges américano-mexicains.”

Il rappelle que les agriculteurs américains sont déjà en difficulté en raison de la guerre commerciale avec la Chine. “Ils ne peuvent pas subir davantage”, de la part du président, ajoute-t-il.

Surtout, O’Rourke affirme que l’accord ne contient rien de nouveau :

“Le président n’a rien obtenu si ce n’est mettre en péril la relation commerciale la plus importante pour les États-Unis.”

Nancy Pelosi : “Les menaces et les accès de colère” ne sont pas une politique étrangère

La cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, avait ouvert le bal dès samedi. Dans un communiqué cinglant, elle avait estimé que “les menaces et les accès de colère” n’étaient “pas un moyen de négocier une politique étrangère”.

Une façon de dénoncer le caractère erratique et impulsif de la méthode Trump, qui repose sur la personnalité du président plutôt que sur une stratégie cohérente.

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