Yves Brunier, le marionnettiste qui a donné vie à Casimir, est décédé à l’âge de 83 ans

Un personnage conçu comme le miroir des enfants
Ce qui rendait Casimir si attachant, c’était avant tout sa psychologie finement calibrée. Comme l’expliquait son créateur : « Bien que Casimir soit un monstre, il avait la psychologie de son public : il faisait les bêtises que les enfants rêvaient de faire, il leur permettait de développer leur langage, parlait de protection de l’environnement, de tolérance. » Une philosophie simple mais efficace qui explique la longévité et la popularité du personnage.
Car Casimir n’était pas parfait. Il était gourmand, parfois gaffeur, souvent maladroit. Mais c’est précisément cette imperfection qui le rendait si proche des enfants. Il incarnait leurs envies refoulées, leurs rêves d’indépendance et leurs questionnements. Un personnage imparfait mais profondément humain, que son créateur résumait en trois mots évocateurs.
De Lyon à Paris : la formation artistique d’un esprit curieux
Né à Lyon en 1943, Yves Brunier a très tôt manifesté un appétit insatiable pour l’art sous toutes ses formes. À seulement 17 ans, le jeune homme prend la décision audacieuse de monter à Paris pour y poursuivre des études artistiques. Son parcours académique est impressionnant : il passe par l’École nationale des arts appliqués, fréquente l’Académie de la Grande Chaumière et suit assidûment les conférences de l’École du Louvre. Une formation éclectique qui témoigne déjà d’une curiosité intellectuelle hors du commun.
L’année 1962 marque un tournant décisif dans sa carrière. Yves Brunier intègre l’ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre), où il se forme d’abord à la scénographie et aux décors avant de s’orienter vers des cours de comédie. Cette double compétence technique et artistique s’avérera précieuse pour la suite de son parcours. Elle lui permettra notamment de comprendre les rouages de la création scénique dans sa globalité.
Mais c’est sa rencontre avec le marionnettiste Philippe Genty qui va véritablement bouleverser sa trajectoire professionnelle. Les deux hommes développent une complicité créative exceptionnelle et partent notamment faire le tour du monde en deux chevaux sous l’égide de l’UNESCO. Cette aventure singulière donnera naissance à une série télévisée consacrée aux marionnettes, témoignant de leur désir commun de faire connaître cet art à un large public.
Au-delà de Casimir : un créateur aux multiples facettes
Si Casimir reste son œuvre la plus célèbre, Yves Brunier ne s’est jamais reposé sur ses lauriers. Après l’aventure de « L’Île aux enfants », il continue d’explorer de nouveaux territoires créatifs. Sa participation au « Théâtre de l’Unité » lui permet d’imaginer de nombreux personnages destinés aux programmes jeunesse, confirmant son statut d’incontournable de la création pour enfants.
Son talent dépasse largement le cadre du petit écran. Yves Brunier fait preuve d’une versatilité remarquable en créant des mascottes publicitaires devenues cultes. Parmi ses créations les plus célèbres, on compte Groquik, le lion emblématique du Crédit lyonnais, mais aussi le tigre Esso ou encore Footix, la mascotte officielle de la Coupe du monde de football 1998. Une capacité unique à s’adapter à des univers très différents, du divertissement jeunesse à la communication d’entreprise.
La peinture constitue une autre passion dévorante pour cet artiste complet. Il mène en parallèle une carrière dans le monde de l’art, devenant critique, directeur artistique et commissaire d’exposition à Paris. Cette trajectoire éclectique démontre une soif de création inépuisable et une capacité rare à exceller dans des domaines aussi variés que complémentaires.



