Tony Gatlif, cinéaste emblématique de la culture rom et gitane, est décédé à 77 ans

Une filmographie riche : de « Gadjo Dilo » à « Korkoro »
Difficile d’évoquer Tony Gatlif sans citer ses chefs-d’œuvre. Sa filmographie compte une vingtaine de longs-métrages, tous animés par la même flamme. En 1997, *Gadjo Dilo* (qui signifie « Le Fou étranger » en langue romani) marque un tournant majeur. Le film suit un jeune Français, incarné par Romain Duris, parti à la recherche d’une chanteuse dans un village tsigane de Roumanie. Le long-métrage est salué par la critique et rencontre un large public, propulsant son réalisateur sur le devant de la scène internationale.
Quelques années plus tard, en 2004, il signe *Exils*, une œuvre magistrale qui lui vaut le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Ce film, qui suit un couple sur les traces de ses racines algériennes, entre l’Espagne et l’Algérie, est une nouvelle démonstration de son talent pour filmer la musique et les corps en mouvement. Mais Tony Gatlif savait aussi regarder l’Histoire en face. En 2009, il surprend son public avec *Korkoro*, un film plus sombre et dramatique qui aborde un sujet encore trop méconnu : le génocide des Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale. Une œuvre nécessaire, portée par une gravité nouvelle, qui prouve l’étendue de son registre artistique.
Un dernier projet inachevé à Arles
Jusqu’au bout, Tony Gatlif aura été animé par la création. En 2025, il présentait encore son dernier film en date, un projet ambitieux porté par des acteurs de renom comme Arthur H et Mathieu Amalric. Loin de vouloir ralentir la cadence, le réalisateur préparait activement un nouveau film historique. C’est d’ailleurs à Arles, ville profondément imprégnée d’histoire romaine et souvent associée à la culture gitane, qu’il avait posé ses valises pour travailler sur ce nouveau scénario.
C’est là, dans cette ville du sud de la France qu’il aimait tant, que la mort l’a surpris ce mercredi 2 septembre. Une disparition brutale qui laisse un vide immense dans le paysage cinématographique. On ne peut s’empêcher de penser à ce que serait devenu ce dernier projet, à ces images qu’il ne filmera jamais. Mais l’héritage qu’il laisse derrière lui est considérable. À travers ses films, il a offert une visibilité et une dignité à un peuple trop souvent réduit aux clichés. Il a fait entendre une musique, une langue et des traditions qui, sans lui, seraient peut-être restées dans l’ombre.



