Salon de l’Agriculture 2026 : Colère des Agriculteurs, Macron sous Pression et Vaches Absentes

Emmanuel Macron au Salon : Entre Communication et Contestation
L’arrivée d’Emmanuel Macron à la Porte de Versailles était l’un des moments les plus scrutés de cette édition. Le chef de l’État s’est présenté aux côtés de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dans un dispositif sécuritaire renforcé : selon l’AFP, quelque 250 policiers en civil auraient été mobilisés pour assurer sa protection dans les allées du Salon — un chiffre qui en dit long sur la nervosité ambiante.
Face aux caméras, le président a tenu un discours en faveur du secteur agricole. Il a salué “la ferme française qui montre ses produits, ses productions, qui met à l’honneur la force de notre agriculture et de nos industries agroalimentaires”. Des mots choisis, un ton rassurant. Mais une communication qui a visiblement laissé de marbre une grande partie de son auditoire.
Sur la question de la dermatose bovine — l’une des préoccupations les plus immédiates des éleveurs —, Emmanuel Macron s’est voulu optimiste, soulignant qu’aucun nouveau cas n’avait été enregistré depuis le 2 janvier et affirmant que la France était “en train de gagner durablement le combat” contre cette maladie. Il a également proposé d’ouvrir des discussions avec les syndicats après la cérémonie d’inauguration, promettant une réunion au Palais de l’Élysée réunissant les Chambres d’agriculture, les syndicats et les interprofessions.
“Il Faut qu’il Dégage” : La Fracture entre le Terrain et l’Élysée
Si les mots du président se voulaient apaisants, ils n’ont pas suffi à apaiser les esprits. Dans les allées du Salon, des membres de la Coordination rurale — bonnets jaunes sur la tête, pancartes en main — ont exprimé sans détour leur exaspération à l’égard du chef de l’État.
Karine Duc, co-présidente de la section du Lot-et-Garonne, n’a pas mâché ses mots devant les micros des journalistes. “Ça suffit d’avoir des gens à la tête du pays qui n’en ont strictement rien à faire de vous ni de nous. On est en train de crever la gueule ouverte”, a-t-elle lancé. Frustrée de ne pouvoir accéder directement au président malgré sa proximité physique dans les allées, elle a conclu par une formule sans appel : “On est presque à 50 mètres de lui. Il faut qu’il dégage.”
Ces mots reflètent une fracture profonde. D’un côté, un président qui parle d’engagement, de solutions et de dialogue. De l’autre, des agriculteurs qui ont l’impression de parler dans le vide depuis trois ans, d’enchaîner les réunions sans résultat, d’entendre des promesses qui ne se traduisent jamais en mesures concrètes sur le terrain.
La question de l’accès au chef de l’État est elle-même symbolique : être à quelques mètres d’une personnalité sans pouvoir lui parler directement, c’est l’image parfaite du fossé ressenti par une profession invisibilisée par les institutions.
Ce que Réclame le Monde Agricole Français
Au-delà de l’émotion et des slogans, les revendications des agriculteurs sont précises et documentées. Elles tournent autour de plusieurs axes majeurs :
Une revalorisation des revenus agricoles, avec une meilleure application de la loi EGAlim, afin que les prix payés aux producteurs couvrent réellement les coûts de production. Une simplification administrative drastique, avec des exploitants passant en moyenne plusieurs semaines par an à remplir des formulaires réglementaires. Une protection contre la concurrence déloyale des importations non conformes aux normes sanitaires et environnementales européennes. Et enfin, une politique de gestion sanitaire plus réactive face aux épizooties comme la dermatose bovine, qui fragilisent durablement les troupeaux et les finances des éleveurs.
Conclusion
Le Salon de l’Agriculture 2026 restera dans les mémoires comme une édition de tension contenue. Vaches absentes, syndicats mobilisés, président contesté dans les allées : tous les ingrédients d’une crise agricole profonde et durable étaient réunis à la Porte de Versailles.
La promesse d’une réunion à l’Élysée est une première étape — mais les agriculteurs français, après trois ans de mobilisation, ne veulent plus de premières étapes. Ils veulent des conclusions. Et ils entendent bien se faire entendre, au Salon comme en dehors, jusqu’à ce que leur voix soit réellement entendue.



