Roch Voisine et le streptocoque A : une fissure crânienne, une audition amputée et une tournée reportée d’un an

« Une fissure au niveau de la boîte crânienne »
C’est le détail qui a fait le tour des médias, et on comprend pourquoi. Sur le plateau de Canal+, Roch Voisine raconte l’engrenage : « J’ai dû être opéré, on a tout essayé avec les antibiotiques mais il n’y avait rien à faire. » Pendant l’intervention, les médecins découvrent alors une complication inattendue : « une fissure au niveau de la boîte crânienne ».
Le timing, lui, est terrible. Nous sommes à quelques semaines du coup d’envoi de la tournée anniversaire, prévue pour 2024. L’équipe n’a d’autre choix que de tout décaler, « presque d’une année ». Un casse-tête logistique considérable pour un spectacle qui devait traverser le Canada, la France, la Suisse et la Belgique.
Malgré cela, l’interprète de « Ne viens pas » refuse de s’apitoyer. Il se dit « chanceux » : l’opération s’est bien passée. Cette capacité à relativiser une fissure crânienne en dit long sur le personnage. Mais derrière la pudeur, la réalité demeure : une infection bactérienne mal contenue a laissé des traces durables sur l’un des outils de travail les plus précieux d’un chanteur — son oreille.
Le deuil silencieux d’un musicien privé de ses repères
C’est sans doute la partie la plus bouleversante de son témoignage, et la moins reprise. Roch Voisine ne se plaint pas de la douleur. Il parle de la perte d’un plaisir.
Sur scène, ça tient encore. « Je réussis assez bien à travailler », assure-t-il. Le volume, l’énergie du public, la présence physique des musiciens : tout cela compense. Mais en studio, le décor change. « Je n’ai plus le même plaisir », lâche-t-il. Et il explique pourquoi avec une précision qui trahit l’habitude : « J’étais très audiophile dans mes productions, aujourd’hui je dois me fier aux autres. »
Pour qui connaît le rapport quasi maniaque de certains artistes au son — le choix d’un micro, la réverbération d’une pièce, la nuance d’un mixage — la phrase fait l’effet d’une petite déflagration. Roch Voisine ne pilote plus. Il délègue. Il fait confiance. « C’est un grand deuil », assume-t-il.
Le mot est juste. En psychologie, on parle de deuil pour toute perte significative, y compris celle d’une capacité. Perdre une partie de son audition quand on a bâti une carrière sur l’oreille, c’est perdre un morceau de son identité professionnelle. Le chanteur ne cache pas qu’il consulte, qu’il demande « des deuxièmes avis pour voir si on ne peut pas arranger un peu » les choses. Une démarche lucide : il ne s’attend pas à un miracle, il cherche des marges de manœuvre.



