« Macron ordure » : une militante interpellée à son domicile après un post Facebook, jugée en juin

« On veut faire de moi un exemple »
Choquée par son interpellation, Valérie a estimé savoir pourquoi elle avait droit à un traitement aussi sévère : « On veut faire de moi un exemple. Je ne suis pas l’ennemi public n°1 […] Je dis souvent ce que je pense, mais toujours dans le respect de la loi […] On est dans une période où l’intimidation est forte et elle se fait sur les militants », a-t-elle déclaré.
Valérie, qui se dit « militante depuis une vingtaine d’années », sera jugée par le tribunal le 20 juin prochain. Elle encourt une amende (jusqu’à 12 000 euros) et, théoriquement, une peine de prison (jusqu’à un an), même si la peine de prison ferme est très rare pour ce type de délit (injure publique envers le président de la République).
Depuis son interpellation, Valérie dit avoir reçu des messages de soutien, mais aussi des menaces. Elle a fermé sa page Facebook. Elle ne souhaite plus s’exprimer publiquement avant son procès. Son avocat, Me Dupont, a déposé une demande de nullité de la garde à vue, estimant que les conditions n’étaient pas réunies.
Injure envers le président : ce que dit la loi
L’article 26 de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, modifié en 2013, punit l’injure publique à l’égard du président de la République. Cette infraction est passible d’une amende de 12 000 euros (contre 45 000 euros auparavant). La peine de prison (d’un an) a été supprimée en 2013, mais elle reste théoriquement possible pour les injures à caractère raciste ou discriminatoire.
En pratique, les condamnations pour injure à l’égard du président sont rares. Depuis 2013, seuls quelques cas ont été jugés, avec des amendes généralement symboliques (de 500 à 1 500 euros) et parfois un sursis. Les interpellations et les gardes à vue sont plus fréquentes, mais la plupart des affaires sont classées sans suite.
Pourquoi ? Parce que la loi de 1881 a été conçue pour protéger le chef de l’État contre des attaques personnelles graves, et non pour censurer la critique politique. Or, la frontière est parfois mince. « Macron incompétent » relève de la critique. « Macron ordure » relève de l’injure. Mais est-ce une injure suffisamment grave pour justifier une garde à vue ? Le débat est ouvert.
Le rôle du sous-préfet : plainte contre X
Dans cette affaire, le sous-préfet de Saint-Omer, Guillaume Thirard, a déposé plainte contre X. Une procédure inhabituelle, mais pas exceptionnelle. Les représentants de l’État peuvent se porter partie civile lorsqu’ils estiment que l’ordre public ou le respect dû aux institutions a été outragé.
Mais certains y voient une forme d’intimidation. « On utilise la loi de 1881 pour faire taire les opposants », dénonce un avocat spécialisé. « C’est une arme politique. » D’autres estiment que le sous-préfet a bien agi : insulter le président, c’est insulter la fonction présidentielle, donc l’État. Une opinion qui divise.



