Lee Grant : l’Actrice Oscarisée qu’Hollywood a Mise au Ban pour ses Idées Politiques

La Résistance par le Théâtre et le Lent Retour au Cinéma
Durant ces longues années d’exclusion des plateaux de cinéma, Lee Grant ne se résigne pas. Elle continue d’exercer son métier là où on ne peut pas l’en empêcher : sur les planches de théâtre. Les scènes new-yorkaises l’accueillent et lui permettent de maintenir le feu sacré vivant, de continuer à travailler son art malgré l’ostracisme industriel.
Ce retour ininterrompu au théâtre, loin d’être une consolation de second rang, est en réalité une école supplémentaire — une façon de renforcer encore une technique déjà solide, d’approfondir sa compréhension des personnages, de se préparer au comeback qu’elle n’a jamais cessé de croire possible.
Ce comeback intervient dans les années 1960, lorsque le vent politique tourne enfin et que la liste noire commence à se fissurer. Lee Grant réapparaît sur les écrans avec une force intacte, une présence magnétique et une profondeur de jeu que ses années d’exclusion n’ont fait qu’enrichir. Hollywood redécouvre — ou plutôt, reconnaît enfin — ce qu’il avait tenté d’effacer.
L’Oscar de 1975 : la Consécration Tardive et Méritée
Le triomphe le plus éclatant de ce retour survient en 1975. Lee Grant remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa performance dans Shampoo, le film de Hal Ashby avec Warren Beatty. Une récompense qui arrive avec vingt-quatre ans de retard sur la nomination qui avait ouvert sa carrière — mais qui n’en a que plus de saveur.

Cette statuette est bien plus qu’une distinction professionnelle. C’est la reconnaissance symbolique d’une trajectoire exceptionnelle, la validation publique d’un talent que la liste noire avait tenté de faire taire, le couronnement d’une femme qui a choisi ses principes plutôt que sa gloire et qui a finalement eu raison sur les deux tableaux.
Mais Lee Grant ne s’arrête pas là. La même année, elle crée sa propre sitcom télévisée, ajoutant une nouvelle corde à son arc. Et en 1986, elle remporte un second Oscar — cette fois pour son documentaire Down and Out in America, consacré à la pauvreté aux États-Unis. Deux statuettes, deux décennies différentes, deux facettes d’un talent artistique qui refuse de se laisser enfermer dans une seule case.
Réalisatrice et Militante : une Voix pour les Sans-Voix
Car Lee Grant n’est pas seulement une actrice. À travers sa carrière de réalisatrice et de documentariste, elle a choisi de mettre son art au service des combats qui lui tiennent à cœur — avec la même intransigeance qui avait guidé ses choix politiques dans les années 1950.
Ses documentaires abordent des sujets que peu de réalisateurs hollywoodiens osaient alors porter à l’écran : la pauvreté, la violence conjugale, la condition des femmes dans la société américaine. Des thématiques qui, dans les années 1970 et 1980, relevaient encore souvent du tabou cinématographique et nécessitaient une réelle détermination pour être traitées avec la profondeur qu’elles méritaient.
Lee Grant a toujours utilisé la caméra comme un outil de conscience sociale autant que comme un instrument artistique. Une cohérence totale entre la femme et l’artiste — entre les valeurs défendues dans la vie privée et celles exprimées dans l’œuvre publique.
Une Vie Personnelle Marquée par la Fidélité et les Choix
Sur le plan personnel, Lee Grant a défendu son mari, Arnold Manoff, et ses idées pendant de longues années avant que leur mariage ne prenne fin. De leur union est née une fille, Dinah Manoff, qui a suivi les traces maternelles en embrassant une carrière d’actrice — et que les cinéphiles connaissent notamment pour son rôle dans le film musical Grease aux côtés de John Travolta et Olivia Newton-John.
En 1973, Lee Grant se remarie avec le producteur Joseph Feury, avec qui elle passe les années suivantes de sa vie et de sa carrière.

Conclusion
À 99 ans, Lee Grant est l’une des dernières grandes figures vivantes d’un Hollywood dont elle a traversé les heures les plus sombres — et les plus lumineuses. Son histoire est celle d’une femme qui a payé le prix fort pour ses convictions, refusé de se soumettre à l’injustice, et finalement triomphé avec une dignité et une élégance que rien n’a jamais entamées.
Dans un monde qui récompense souvent la compromission et sanctionne le courage, son parcours reste une leçon précieuse : les années de purgatoire peuvent être traversées, les carrières brisées peuvent se reconstruire, et les principes, lorsqu’ils sont vrais, finissent toujours par être reconnus.



