BIEN ETRE

Le clash Catherine Ringer et Serge Gainsbourg de 1986 : ce que révèle vraiment cette archive culte

Un plateau qui bascule en quelques secondes

Sur le canapé, tout dérape quand Gainsbourg la coupe. Il l’attaque frontalement sur son passé, jugeant ce qu’elle a fait « dégueulasse ». Puis il lâche l’insulte : « vous êtes une pute ». Catherine Ringer ne baisse pas les yeux. Elle répond d’abord « Oui, ça a à voir avec ça », avant de rectifier aussitôt : « Non, c’est pas la même chose, c’est pas le même métier ».

Elle parle de « l’aventure moderne », puis renvoie l’attaque : « vous, vous avez l’air d’un vrai dégueulasse », avant de conclure « vous êtes le dégueulasse-type ». Gainsbourg rétorque « Moi j’ai jamais montré ma queue » et finit par menacer : « Vous allez prendre deux baffes dans la gueule ». Les images montrent un plateau figé, un animateur silencieux, et une femme qui tient tête sans se briser.

Un cas d’école du sexisme télévisuel

Pendant des années, cette séquence a été présentée comme une énième provocation de Gainsbarre. Aujourd’hui, des sociologues des médias et des spécialistes des études de genre la citent comme un cas d’école. Pourquoi ? Parce qu’on y retrouve tous les mécanismes du sexisme ordinaire à la télévision.

  • La réduction d’une artiste à son passé sexuel, comme si sa carrière musicale n’existait pas.
  • L’amalgame entre pornographie et prostitution, deux réalités bien distinctes.
  • L’humiliation publique, transformée en spectacle.
  • Le silence du présentateur, qui laisse faire sans intervenir.

Des psychologues comportementalistes décrivent ce type d’attaque comme une stratégie de sidération : choquer pour instaurer une domination. La force de Catherine Ringer tient justement à sa réponse maîtrisée. Elle maintient le regard, garde une voix posée, refuse de se justifier sur son passé et renvoie le jugement moral à son interlocuteur. Cette forme de colère froide coupe court au rapport de force que recherchent la plupart des provocateurs.

À l’époque, Pierre Desproges prendra publiquement le parti de la chanteuse, lâchant à propos de Gainsbourg une phrase restée célèbre : « je l’aimais beaucoup, de son vivant ». Une manière de dire, avec l’humour noir qui le caractérisait, que l’homme venait de franchir une ligne.


Previous page 1 2 3 4Next page

Related Articles

Back to top button