Intouchables : La Mort de Philippe Pozzo di Borgo, l’Homme Qui a Inspiré le Film, 12 Ans Après le Triomphe

Ils s’appelaient Philippe et Abdel. L’un était riche, tétraplégique, brisé par la vie. L’autre sortait de prison, insolent, imprévisible, libre. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, encore moins à devenir amis. Pourtant, leur histoire a bouleversé la France, puis le monde, quand elle a été adaptée au cinéma en 2011.
“Intouchables” reste à ce jour l’un des plus grands succès du cinéma français. Près de 20 millions d’entrées dans l’Hexagone. Un record à l’étranger pour un film français. Et surtout, une histoire vraie qui a ému des millions de spectateurs, touchés par cette amitié improbable entre deux hommes que tout opposait.
Derrière le film, il y avait Philippe Pozzo di Borgo. Lui qui avait tout perdu dans un accident de parapente : sa femme, sa mobilité, sa vie d’avant. Lui qui avait pensé mourir, avant de rencontrer Abdel Yasmin Sellou, ce “diable gardien” qui allait lui rendre le goût de vivre.
Philippe Pozzo di Borgo s’est éteint le 2 juin 2023 à Marrakech, à l’âge de 72 ans. Il repose depuis le 12 juin à Alata, dans le sud de la Corse, sa terre natale. Sa disparition a ravivé la mémoire de cette histoire hors du commun, et l’émotion de tous ceux qui avaient été touchés par le film.
Retour sur la vie de cet homme, sur sa rencontre avec Abdel et sur l’héritage qu’il laisse derrière lui.
Intouchables : Le Plus Grand Succès du Cinéma Français
Avant de parler de l’homme, parlons du phénomène.
2011, l’année de tous les records
Quand “Intouchables” sort en salles en 2011, personne n’imagine l’ampleur du succès. Le film d’Olivier Nakache et Éric Toledano raconte l’histoire de Philippe, riche tétraplégique, et de Driss, son auxiliaire de vie issu de la banlieue. Une comédie dramatique, drôle et émouvante, portée par deux acteurs au sommet de leur art : François Cluzet et Omar Sy.
Près de 20 millions d’entrées en France
Le chiffre donne le vertige. Près d’un Français sur trois est allé voir le film. Un raz-de-marée populaire comme le cinéma français n’en avait pas connu depuis des décennies. Les salles pleines, les rires, les larmes, le bouche-à-oreille : tout a contribué à faire de ce film un phénomène de société.
Un succès international
Mais le plus impressionnant est peut-être à l’étranger. “Intouchables” est devenu le film français le plus vu hors de nos frontières. Traduit dans des dizaines de langues, il a touché des publics de toutes cultures, preuve que l’universalité de son message dépassait les frontières.
Une bande originale culte
Impossible d’évoquer le film sans parler de sa musique. Le “Una mattina” de Ludovico Einaudi est devenu un tube planétaire, associé à jamais aux images de Philippe et Driss partageant un moment de complicité.
Une Histoire Vraie, Celle de Philippe Pozzo di Borgo et Abdel Sellou
Ce qui rend “Intouchables” si puissant, c’est que tout est vrai.
Philippe Pozzo di Borgo, l’homme qui a tout perdu
Philippe Pozzo di Borgo est issu d’une famille noble de Corse. Homme d’affaires prospère, il mène une vie de rêve jusqu’à ce jour de 1993 où tout bascule. À 42 ans, un accident de parapente le rend tétraplégique. Il perd l’usage de ses jambes, de ses bras, de presque tout son corps.
Le deuil de sa femme
Comme si cela ne suffisait pas, il doit aussi affronter la perte de sa femme, emportée par la maladie. Philippe n’a plus aucune raison de vivre. Il sombre dans la dépression, ne voit plus d’issue.
Abdel, le “diable gardien”
C’est alors qu’entre en scène Abdel Yasmin Sellou. Il sort de prison. Il est insolent, imprévisible, parfois brutal. Il répond à une annonce de Philippe, non pas pour l’aider, mais pour continuer à toucher ses allocations. Il pense que l’hôtel particulier du 7e arrondissement est un coffre-fort facile à dévaliser.
Quinze ans de vie commune
Contre toute attente, Abdel reste. Quinze ans. Quinze ans à veiller sur Philippe, à le faire rire, à le secouer, à le sauver. “Nous étions deux désespérés qui cherchaient un moyen de s’en sortir”, résumera plus tard Philippe.
Les Confidences de Philippe sur Abdel
Au fil des années, Philippe Pozzo di Borgo s’est confié à plusieurs reprises sur celui qu’il appelait son “diable gardien”.
Une rencontre improbable
“Comme dans le film, il a répondu à mon annonce pour continuer à toucher les Assedic, ensuite il s’est dit que l’hôtel particulier du 7e était un coffre-fort facile à dévaliser. En fait il est resté quinze ans.” Une entrée en matière qui annonce la suite : rien ne s’est passé comme prévu.
Deux desperados
“Nous étions deux desperados qui cherchaient un moyen de s’en sortir : le riche tétra, fou de douleur d’avoir perdu son épouse, et le jeune caïd qui sort de taule et veut tout faire sauter. Deux gars en marge de la société qui s’appuient l’un sur l’autre.” Cette phrase dit tout de leur relation : une symbiose, un équilibre, une nécessité mutuelle.
Le portrait d’Abdel
“Il est insupportable, vaniteux, orgueilleux, brutal, inconstant, humain. Sans lui, je serais mort de décomposition. Abdel m’a soigné sans discontinuité comme si j’étais un nourrisson. Attentif au moindre signe, présent pendant mes absences, il m’a délivré quand j’étais prisonnier, protégé quand j’étais faible. Il m’a fait rire quand je craquais. Il est mon diable gardien.”
Une amitié à la vie à la mort
Ces mots, d’une tendresse rare, disent l’indicible. L’amitié entre ces deux hommes, née dans les circonstances les plus improbables, a duré bien au-delà du cadre professionnel. Elle a survécu aux années, aux distances, aux épreuves.



