Expulsée d’une plage à cause de son burkini : l’incident qui relance la polémique en France

La jurisprudence du Conseil d’État : une position nuancée
Le débat dépasse largement les frontières de Carry-le-Rouet. Depuis plus d’une décennie, plusieurs communes françaises adoptent régulièrement des arrêtés visant à interdire le burkini sur les plages ou dans les piscines municipales. Chaque décision déclenche alors des recours devant les tribunaux administratifs.
En juillet 2023, le Conseil d’État a suspendu un arrêté municipal pris à Mandelieu-la-Napoule. La plus haute juridiction administrative française a estimé que cette mesure portait une atteinte « grave et illégale » à plusieurs libertés fondamentales, notamment la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle.
À l’inverse, une autre décision a marqué les esprits en juin 2022. Cette fois, le Conseil d’État a validé l’interdiction du burkini dans les piscines municipales de Grenoble. Le juge a considéré que la dérogation accordée à certaines tenues de baignade pouvait perturber les règles de fonctionnement du service public.
Ces décisions illustrent toute la complexité du dossier. Chaque situation dépend du contexte, du lieu concerné et des arguments avancés par les collectivités. Il n’existe pas de jurisprudence unique et définitive, ce qui laisse la porte ouverte à de nouvelles contestations.
Les acteurs engagés : la Ligue des Droits de l’Homme en première ligne
La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) suit de près ces affaires. L’organisation conteste régulièrement les arrêtés anti-burkini devant les juridictions administratives. Pour la LDH, ces mesures sont discriminatoires et portent atteinte aux libertés fondamentales.
L’avocate Marion Ogier, membre du comité national de la LDH, dénonçait déjà cette situation en septembre 2024 : « Malgré la jurisprudence du Conseil d’État, qui est extrêmement claire, on assiste chaque année à plusieurs épisodes dans lesquels les maires interdisent le port (du burkini) pour des motifs qui sont totalement illégaux mais maintiennent leur interdiction en toute connaissance de cause (…) »
« Lorsque les maires interdisent des comportements en application de leur pouvoir de police administrative, ça ne doit être qu’en fonction de règles rationnelles, objectives. Les idées, les opinions ne peuvent pas l’emporter sur le droit. »
Ces propos mettent en lumière un problème récurrent : la désobéissance civile des élus locaux face à la loi. En maintenant des arrêtés illégaux, ces maires créent un climat d’insécurité juridique et exposent les citoyens à des humiliations inutiles.



