Et puis Lina s’est arrêtée net, immobile, les yeux grands ouverts, la main tendue mais pas vers moi…

Un regard qui traverse les apparences
Puis, j’ai regardé plus attentivement la direction de sa main. Elle ne pointait pas simplement vers le ciel. Sa main, avec son petit index tendu, semblait suivre une trajectoire précise, une ligne invisible qui traversait l’espace. Ses yeux ne clignaient pas. Ils étaient rivés sur quelque chose, ou quelqu’un, que moi, adulte, je ne pouvais percevoir. C’est là que l’angoisse a vraiment commencé à monter.
J’ai toujours cru que les enfants avaient une sensibilité différente, une capacité à voir au-delà du voile du réel. Mais de là à vivre la scène, c’était autre chose. Lina n’avait pas peur, c’est ce qui était le plus troublant. Son expression n’était pas celle de la terreur, mais plutôt celle de l’émerveillement pur, de la découverte absolue. Elle était captivée, hypnotisée par cette présence invisible. Sa bouche était entrouverte, comme si elle allait parler, mais aucun son n’en sortait. Elle était en communication silencieuse avec quelque chose que je ne pouvais ni voir ni entendre.
Le poids des secondes qui s’étirent
Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Cela a pu être trente secondes, cela a pu être cinq minutes. Le temps avait perdu toute signification. Chaque seconde était une éternité, un poids sur ma poitrine. Je me suis souvenu de toutes ces histoires de « l’enfant qui voit des choses », de ces moments où les petits semblent interagir avec des entités invisibles. Je les avais toujours écoutées d’une oreille distraite, les classant dans la case des légendes urbaines ou des fantasmes parentaux. Mais là, en plein après-midi, dans mon jardin, je vivais la scène.
Ma formation d’adulte, mon esprit cartésien, se battait contre l’évidence de ce que je voyais. Mon cerveau cherchait désespérément une explication logique, rationnelle. Une hallucination collective ? Un jeu de lumière ? Un problème neurologique soudain ? Toutes ces hypothèses défilaient à une vitesse folle, mais aucune ne collait avec la sérénité du visage de Lina. Elle n’était pas en crise. Elle était en contemplation.



