INSOLITE

Elle se lève avant le lever du soleil.

3. L’Invisibilité Sociale : L’Essentiel dans l’Angle Mort

Pourtant, malgré ce rôle fondamental de nourricière, elle évolue souvent dans l’angle mort de notre société. À la ville, on ne la croise pas aux heures de pointe. Son nom n’apparaît pas sous les projecteurs. Sa fatigue est différente, moins verbalisée, absorbée par l’immensité du paysage.

  • Absente des représentations médiatiques du “monde du travail”, trop souvent urbano-centrées.

  • Confrontée à la méconnaissance : Combien de consommateurs savent ce qu’implique de faire pousser un kilo de tomates ou d’élever un agneau jusqu’à l’âge adulte ?

  • Souffrant d’un isolement géographique et parfois social, surtout pour celles qui reprennent une exploitation seule.

  • Face à la pression économique : Écrasée entre les coûts de production qui montent et les prix d’achat qui stagnent, sa rémunération est rarement à la hauteur de ses heures et de son investissement.

Cette invisibilité n’est pas seulement un manque de gloire ; elle a des conséquences tangibles : difficulté à transmettre les exploitations, sentiment de dévalorisation, épuisement physique et moral qui peine à être reconnu comme une souffrance professionnelle légitime.

4. Le Carburant Invisible : L’Amour de la Terre et du Vivant

Alors, pourquoi continue-t-elle ? Parce que son moteur n’est pas externe (la reconnaissance, la richesse), mais interne, profond et viscéral.

  • L’Amour du cycle de la vie : Voir une graine qu’elle a plantée devenir une plante, puis nourrir une famille. Assister au miracle renouvelé des saisons, à la naissance d’un agneau. Il y a une grâce et une humilité dans ce constat quotidien.

  • Le Sentiment d’utilité essentielle : Elle produit de la nourriture, de la vie. Dans un monde souvent abstrait, son travail a une finalité concrète, palpable et vitale.

  • La Liberté et l’autonomie (relative) : Être son propre patron, organiser son temps au rythme des bêtes et des plantes plutôt qu’à celui d’un chronomètre urbain.

  • La Transmission et l’enracinement : Beaucoup perpétuent une histoire familiale, un patrimoine de savoir-faire et un morceau de paysage. Elles sont les gardiennes d’un lien ancestral à un terroir.

Ce sourire qu’elle esquisse, même dans la fatigue, n’est pas une façade. C’est l’expression de cette satisfaction profonde, de cet alignement avec des valeurs qui, pour elle, dépassent le confort et la facilité.

Conclusion : Voir, Reconnaître, Soutenir

Cette femme qui se lève avant le soleil n’est pas une figure romantique du passé. Elle est l’actrice cruciale de notre présent et de notre avenir alimentaire. Son travail est un service public primordial, rendu dans l’ombre.

La reconnaître, ce n’est pas juste lui “laisser un mot doux” – bien que les mots de gratitude aient du poids. C’est agir concrètement :

  1. Acheter local et en direct : Lorsque vous allez au marché, regardez-la dans les yeux, posez-lui une question sur ses produits. Payez le prix juste qui lui permet de vivre.

  2. Éduquer et transmettre : Parlez de son métier aux enfants. Expliquez d’où viennent les aliments.

  3. Soutenir les politiques agricoles qui valorisent les petites exploitations, l’agroécologie et le travail des femmes en agriculture.

  4. Témoigner du respect : Simplement, par un bonjour, par la conscience que ce que vous mangez est le fruit d’un labeur humain, pas d’une machine anonyme.

Son histoire est celle de la résilience, de la persévérance et d’un amour silencieux mais fécond. En la reconnaissant, nous ne faisons pas qu’honorer une personne ; nous honorons notre propre humanité, notre dépendance vitale à la terre et à celles et ceux qui savent encore en prendre soin. Nous choisissons de voir l’essentiel.

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