Donald Trump menace l’Espagne : “Nous allons cesser tout commerce” avec ce pays “très peu coopératif” de l’Otan

Les relations transatlantiques viennent de franchir un nouveau seuil de tension. Mardi, depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a lancé une offensive verbale sans précédent contre l’Espagne, menaçant purement et simplement de “cesser tout commerce” avec le pays ibérique.
Les motifs de cette colère présidentielle sont multiples. D’une part, l’Espagne a refusé de mettre à la disposition des États-Unis ses bases militaires andalouses pour les opérations contre l’Iran. D’autre part, Madrid ne respecte pas, selon Trump, les objectifs de dépenses militaires fixés par l’Otan, avec seulement 1,28% de son PIB consacré à la défense, loin des 5% exigés par Washington.
Cette sortie brutale du président américain intervient dans un contexte géopolitique déjà explosif, marqué par l’escalade du conflit au Moyen-Orient et par les frappes américano-israéliennes en Iran. Elle illustre la méthode Trump : la menace économique comme levier de pression diplomatique, sans considération pour les alliances traditionnelles.
Face à cette attaque, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a réagi avec fermeté, rappelant que les bases militaires relèvent de la souveraineté espagnole et que l’Espagne reste “un partenaire commercial fiable” pour les États-Unis. Une fin de non-recevoir qui risque d’attiser davantage la colère de l’administration américaine.
Dans cet article, nous analysons les causes de cette crise diplomatique, les enjeux pour l’Espagne, l’Europe et l’Otan, ainsi que les conséquences potentielles d’une telle rupture commerciale.
Les déclarations de Donald Trump : une charge en règle contre Madrid
“L’Espagne a été terrible”
C’est depuis le Bureau ovale que Donald Trump a lancé ses attaques, en présence du chancelier allemand Friedrich Merz. Un choix de lieu et d’interlocuteur qui n’a rien d’anodin : montrer que l’Allemagne, elle, reste un partenaire privilégié, contrairement à l’Espagne.
“Nous allons cesser tout commerce avec l’Espagne. Nous ne voulons pas entendre parler de l’Espagne”, a déclaré le président américain, avant d’enchaîner : “L’Espagne a été terrible.”
Ces mots, d’une violence diplomatique rare, marquent une rupture nette dans les relations bilatérales entre les deux pays. Jamais un président américain n’avait tenu de tels propos à l’encontre d’un allié européen.
Le refus d’utiliser les bases espagnoles
Le premier grief de Trump concerne les bases militaires de Rota et de Morón, situées en Andalousie. Ces installations, utilisées conjointement par les forces américaines et espagnoles, constituent des points stratégiques pour les opérations américaines.
Selon Trump, le gouvernement de Pedro Sánchez aurait refusé de permettre à l’aviation américaine d’utiliser ces bases pour les opérations militaires contre l’Iran. Un refus que Washington interprète comme un manque de solidarité à l’égard de ses alliés.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a tenu à rappeler que ces bases sont “sous souveraineté espagnole”. Une manière de signifier que Madrid a le droit de décider de leur usage, et que ce droit n’est pas négociable.
Des dépenses militaires jugées insuffisantes
Deuxième motif de mécontentement : les dépenses de défense de l’Espagne. Trump a rappelé que Madrid est “le seul pays de l’Otan qui n’a pas accepté de consacrer 5% de son PIB” à la défense, comme le souhaite Washington.
En réalité, l’objectif actuel de l’Otan est de 2% du PIB, un seuil que l’Espagne atteint difficilement (1,28% en 2024). Les 5% évoqués par Trump correspondent à une exigence américaine, pas à un engagement formel des Alliés.
“L’Espagne a été très, très peu coopérative”, a regretté le président américain, associant ainsi Madrid à l’image d’un partenaire peu fiable au sein de l’Alliance atlantique.
La réponse espagnole : fermeté et dignité
Le communiqué officiel du gouvernement
Face à des propos aussi directs, Madrid n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué officiel, le gouvernement espagnol a tenu à rappeler plusieurs vérités.
Premièrement, l’Espagne est “un partenaire commercial fiable pour 195 pays à travers le monde”, y compris les États-Unis. Les échanges commerciaux entre les deux pays représentent plusieurs milliards d’euros et génèrent des milliers d’emplois des deux côtés de l’Atlantique.
Deuxièmement, toute remise en cause des relations commerciales devra s’effectuer “dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, de la légalité internationale et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis”.
Enfin, le gouvernement affiche sa sérénité : “Notre pays dispose des ressources nécessaires pour contenir d’éventuels impacts, aider les secteurs susceptibles d’être affectés et diversifier les chaînes d’approvisionnement.”
Les précisions du ministre des Affaires étrangères
Plus tôt dans la journée, avant même les déclarations de Trump, le ministre José Manuel Albares avait tenu à clarifier la position espagnole.
Il a indiqué n’avoir “eu aucune conversation avec aucun représentant nord-américain” ni “reçu aucune plainte” concernant l’usage des bases militaires. Une manière de souligner que les griefs américains n’ont pas fait l’objet de discussions diplomatiques préalables.
Il a également rappelé avec force que les bases de Rota et de Morón sont “utilisées conjointement avec les États-Unis” mais restent “sous souveraineté espagnole”. Une pique directe à l’adresse de Trump, qui semblait considérer ces installations comme un dû.
Les bases de Rota et Morón : un enjeu stratégique
Deux installations clés pour l’armée américaine
La base navale de Rota, en Andalousie, est l’une des plus importantes des États-Unis en Europe. Située à l’entrée du détroit de Gibraltar, elle contrôle l’accès à la Méditerranée.
La base aérienne de Morón, également en Andalousie, est un point d’appui essentiel pour les opérations aériennes américaines en Afrique et au Moyen-Orient.
Ces installations sont utilisées conjointement par les forces américaines et espagnoles dans le cadre d’accords bilatéraux signés dans les années 1950 et régulièrement renouvelés.
Le principe de souveraineté
L’accord régissant l’usage de ces bases prévoit que toute opération militaire américaine menée depuis ces installations doit être approuvée par les autorités espagnoles. Cette clause de souveraineté est essentielle pour Madrid, qui ne veut pas être entraînée malgré elle dans des conflits qu’elle n’a pas choisis.
Dans le cas des opérations contre l’Iran, le gouvernement espagnol a probablement estimé qu’il ne pouvait pas appuyer une guerre qu’il juge dangereuse pour la stabilité régionale. Un choix souverain, parfaitement légitime.



