Affaire Nahel : le parquet de Nanterre requiert un procès pour meurtre contre le policier Florian M.

Ce que signifie concrètement le réquisitoire du parquet
Le réquisitoire définitif rendu public ce 4 mars 2025 ne se contente pas de demander un procès : il tranche sur la qualification pénale retenue. Deux options s’offraient aux magistrats. La première, le meurtre, suppose que l’auteur des faits avait l’intention de donner la mort. La seconde, les violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, est une qualification plus légère, qui repose sur l’absence d’intention homicide.
C’est donc la première option que le parquet a retenue. Autrement dit, pour les magistrats instructeurs, Florian M. ne pouvait pas ignorer les conséquences de son geste. Le texte du réquisitoire est particulièrement explicite sur ce point : « un tir à travers le pare-brise exposait nécessairement les parties vitales du corps de la victime, de sorte que le policier, par ce tir, ne pouvait ignorer qu’il [pouvait la tuer] ».
Les juges s’appuient également sur un argument technique imparable : si l’objectif était uniquement d’empêcher le conducteur de redémarrer, il était tout à fait possible de viser le capot ou les pneus du véhicule. Une manière de dire que la riposte n’était ni nécessaire, ni proportionnée à la menace réelle.
Pourquoi la légitime défense a été écartée
C’est probablement le point le plus sensible du dossier. Florian M. invoque depuis le début la légitime défense, un mécanisme juridique qui exonère de toute responsabilité pénale celui qui riposte à une agression imminente. Mais pour que ce principe s’applique, plusieurs conditions strictes doivent être réunies, notamment l’absence d’autre moyen de se protéger et la proportionnalité de la réponse.
Or, selon le parquet, ces conditions ne sont pas remplies. Le réquisitoire souligne qu’« au moment précis des faits, alors que son véhicule était bloqué dans le flot de la circulation et même s’il tentait de redémarrer, il n’apparaît pas que [Nahel] a présenté un danger immédiat pour la vie de Florian M. ou celle de son collègue ».
Les magistrats vont plus loin en pointant l’incapacité du policier à anticiper le comportement futur du véhicule. Le texte indique que « Florian M., au moment du tir, ne pouvait anticiper la trajectoire future du véhicule, nonobstant le périple antérieur ayant pu lui laisser penser que Nahel finirait par [redémarrer] ». En clair : la course-poursuite qui a précédé le drame ne suffit pas à justifier un tir mortel sur un véhicule à l’arrêt.



