Présidentielle 2022 : jusqu’à 31% des électeurs de Mélenchon prêts à voter Le Pen au second tour

C’est une petite musique qui monte à dix jours du premier tour de l’élection présidentielle. Si Marine Le Pen et Emmanuel Macron se retrouvent à nouveau en finale, le report de voix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, présumé troisième, pourrait être beaucoup plus hétérogène qu’en 2017.
Petit rappel historique : lors de la dernière présidentielle, Emmanuel Macron avait notamment pu s’appuyer sur le soutien massif des électeurs de La France insoumise (LFI) pour battre, à plate couture, la candidate du Front national. Malgré l’ambiguïté du message de Jean-Luc Mélenchon, qui s’était contenté d’appeler ses ouailles à ne pas voter pour l’extrême droite, plus de la moitié (53 %) d’entre eux avaient glissé un bulletin Macron dans l’urne. Un tiers des électeurs du tribun de la gauche radicale (32 %) s’étaient abstenus, ou avaient voté blanc ou nul. Enfin, ils n’étaient que 7 % à franchir le Rubicon en votant pour Marine Le Pen.
Cinq ans plus tard, la masse des électeurs de l’Union populaire qui semblent prêts à faire le grand écart des extrêmes entre les deux tours a grandi, si l’on en croit les enquêtes d’opinion. Donnée perdante de justesse face au président, Marine Le Pen entretient le suspense grâce à l’achèvement de son entreprise de normalisation, qui affaiblit considérablement l’hypothèse d’un front républicain.
Des reports de voix en forte augmentation depuis 2017
Mais ce n’est pas tout : contrairement à 2017, elle dispose désormais d’un réservoir de voix important. À droite, bien sûr : outre la quasi-totalité des électeurs d’Éric Zemmour au premier tour (79 % la soutiendraient face à Emmanuel Macron selon un sondage Elabe pour BFMTV), la patronne du Rassemblement national (RN) capterait 27 % des voix de Valérie Pécresse (contre 43 % pour Macron). Mais aussi à l’extrême gauche : selon les différents instituts, Marine Le Pen pourrait rassembler au moins 20 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon lors d’un match retour face à Macron.
Dans le scénario le plus optimiste pour le Rassemblement national – illustré par le sondage Elabe du 30 mars qui place Marine Le Pen dans la marge d’erreur au second tour (47,5 %) – elle serait même le deuxième choix des électeurs de l’Union populaire (31 %), derrière le « ni-ni » (abstention, vote blanc ou nul ; 41 %) tandis que 28 % d’entre eux soutiendraient le président sortant.
Ce phénomène de vases communicants des extrêmes se manifeste également dans les autres sondages, mais de manière moins spectaculaire. Dans la huitième vague de l’enquête électorale du Cevipof pour Le Monde, publiée le 28 mars, Marine Le Pen recueille 21 % des voix mélenchonistes au second tour, contre 29 % pour Emmanuel Macron. Le constat est similaire dans le « rolling » quotidien de l’institut Ipsos, où Marine Le Pen capte 22 % du vote insoumis au second tour, contre 31 % pour le président de la République.
« Un barrage social contre Emmanuel Macron »
Dans l’entourage de Marine Le Pen, on se félicite de ce rééquilibrage annoncé. « Emmanuel Macron a bénéficié d’un malentendu sur sa nature politique en 2017. Les électeurs ont pu le croire de gauche. Là, il n’y a plus d’ambiguïté. Pour les classes populaires qui votent Mélenchon au premier tour, la retraite à 65 ans, c’est juste pas possible. Il y a des intérêts de classe qui vont drainer une partie de l’électorat mélenchoniste vers Marine Le Pen au second tour dans une sorte de barrage social contre Macron », estime Jean-Philippe Tanguy, directeur de campagne adjoint de la candidate.
Si la finaliste de la dernière présidentielle a abandonné son totem de la retraite à 60 ans – elle préconise désormais le maintien de l’âge légal à 62 ans sauf pour les Français entrés sur le marché du travail entre 17 et 20 ans –, sa campagne axée sur la défense du pouvoir d’achat a visiblement marqué les esprits.



