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Lee Grant : l’Actrice Oscarisée qu’Hollywood a Mise au Ban pour ses Idées Politiques

Il existe dans l’histoire du cinéma hollywoodien des destins qui dépassent la simple trajectoire artistique pour devenir de véritables leçons de courage et de résilience. Celui de Lee Grant, en fait, indéniablement fait partie. Actrice au visage d’ange, comédienne de génie nominée aux Oscars dès son premier film, elle aurait dû connaître l’une des carrières les plus fulgurantes de sa génération. Au lieu de cela, Hollywood lui a brutalement tourné le dos — pendant près de douze ans — pour une raison qui n’avait rien à voir avec son talent.

Son crime ? Avoir refusé de trahir son mari devant la redoutée Commission des activités antiaméricaines, au cœur de la chasse aux sorcières maccarthyste qui a ravagé des centaines de carrières dans les années 1950. Un geste de loyauté et de principe qui lui a coûté des années de sa vie professionnelle et qui dit tout de la femme qu’elle est : intransigeante, courageuse, impossible à briser.

À 99 ans aujourd’hui, Lee Grant reste un modèle absolu — pour les femmes, pour les artistes, pour tous ceux qui refusent de plier face à l’injustice. Retour sur une vie et une carrière absolument pas comme les autres.

Des Débuts Prodigieux : de la Danse à l’Actors Studio

Née le 31 octobre 1925 à New York sous le nom de Lyova Haskell Rosenthal, Lee Grant grandit dans un milieu modeste sans que cela ne freine un instant une vocation artistique précoce et déterminée. À seulement cinq ans, elle monte déjà sur scène comme ballerine — une passion pour la danse qu’elle cultivera tout au long de son adolescence et qui forgera sa présence scénique exceptionnelle.

Mais c’est vers le théâtre et la comédie que son destin la mène. Grâce à une bourse obtenue au concours, elle intègre la prestigieuse Neighborhood Playhouse de New York — l’une des écoles d’art dramatique les plus sélectives et les plus réputées des États-Unis. Elle y forge une technique rigoureuse, avant de rejoindre l’Actors Studio, cette institution mythique qui a formé Marlon Brando, James Dean, Al Pacino et tant d’autres géants du cinéma américain.

Sa formation est exemplaire. Son talent, évident. Et lorsqu’elle fait ses premiers pas sur les plateaux de cinéma, le monde entier s’en aperçoit immédiatement.

1951 : une Entrée en Fanfare et une Nomination aux Oscars

1951 marque à la fois le triomphe et le début du cauchemar pour Lee Grant. Son premier film, Detective Story, réalisé par William Wyler, lui offre un rôle de composition qu’elle habite avec une intensité rare. La critique est unanime. L’Académie des arts et des sciences du cinéma ne tarde pas à réagir : Lee Grant est nominée aux Oscars pour la meilleure actrice dans un second rôle dès sa première apparition à l’écran.

C’est une entrée dans le monde du cinéma proprement extraordinaire — le genre de coup d’éclat inaugural qui préfigure une carrière au sommet, des décennies de premiers rôles et une place définitive parmi les grandes actrices américaines de sa génération.

Mais Hollywood a d’autres projets pour elle. Et pas les bons.

La Liste Noire : Douze Ans de Purgatoire pour ses Convictions

La même année qui aurait dû la propulser au firmament du cinéma américain, Lee Grant se retrouve mise à l’écart — victime directe de la paranoïa anticommuniste qui s’est emparée des États-Unis sous l’impulsion du sénateur Joseph McCarthy.

La Commission des activités antiaméricaines fait alors régner un climat de terreur dans les milieux artistiques et intellectuels américains. Des acteurs, réalisateurs, scénaristes et producteurs sont convoqués, sommés de dénoncer leurs collègues et amis soupçonnés de sympathies communistes. Ceux qui refusent de coopérer sont immédiatement inscrits sur la tristement célèbre liste noire et bannis des studios.

Lee Grant est appelée à témoigner contre son mari, le dramaturge Arnold Manoff, dont les idées de gauche sont dans le viseur de la commission. Elle refuse catégoriquement. Son choix est clair, sans ambiguïté, sans calcul carriériste : la loyauté envers son mari passe avant tout le reste — avant sa carrière naissante, avant sa nomination aux Oscars, avant les contrats mirobolants qui s’annonçaient.

Le prix à payer est immédiat et brutal. Hollywood la bannit. Pendant douze ans, elle ne tournera pratiquement aucun film. Les portes des studios se ferment les unes après les autres. Les propositions s’évaporent. Une carrière qui s’annonçait comme l’une des plus brillantes de sa génération est mise sous cloche — non pas pour un manque de talent, mais pour un excès de courage moral.

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